une mare pour la vie

 

Agir pour la biodiversité et l'homme : création d'une mare à Puy Bricon

(Par Dimitri Marguerat)

 

L'idée de créer une mare sur le site de Puy Bricon a été accueillie avec enthousiasme par la Mairie de Pernes, dans la continuité d'un investissement amorcé depuis plusieurs années. Divers aménagements valorisant le paysage et les végétaux ont déjà été réalisés : gestion des oliviers livrés à eux même depuis fort longtemps mais aussi des pins et divers bosquets, restauration de murs en pierre sèche, création d'escaliers et diverses installations facilitant la découverte. Par ailleurs cette gestion d'ouverture du milieu a déjà favorisé quelques espèces d'orchidées sauvages.

La colline de Puy Bricon est contournée au sud par la « Riaille du Rouret », ruisseau torrentiel à caractère méditerranéen, et affluent rive gauche de la Nesque. Il coule depuis la Roque sur Pernes et serpente à l'adret de la colline. Sa ripisylve est remarquable et constitue par ailleurs un corridor biologique fréquenté par de nombreux oiseaux (loriots, rolliers, pics...).

Afin de diversifier la biodiversité du site, d'autres opérations peuvent être imaginées et mises en œuvre, de manière simple et rapide, efficaces et peu coûteuses : la création d'une mare s'inscrit dans ce cadre et représente un exemple singulier.

 

 

Une mare, pour quoi faire ?

 

Certains peuvent considérer ce projet comme une réalisation douteuse qui favorise le développement des moustiques ou encore la création d'un espace insalubre où grouillent toutes sortes de bêtes répugnantes... Avant toute considération sachez qu'environ 80% des zones humides de France ont disparu en 1 siècle. Parmi elles, les mares ont été asséchées, comblées de gravats, ou pire, elles ont servi de dépôts à ordures. Associés au processus destructeur de ces petits oasis de vie, beaucoup d'êtres vivants ont disparu. Mais où sont donc passés les amphibiens de notre enfance, avec les grenouilles, les salamandres, les tritons, les crapauds accoucheurs et les rainettes ? Ou encore : pourquoi voit-on moins de libellules ?

Les mares concentrent en réalité une extraordinaire biodiversité, et chacun commence à mieux comprendre que cette biodiversité est utile à l'homme par les services qu'elle rend (épuration des eaux, régulation des inondations, stockage en temps de sécheresse...). Plus généralement, notre santé, notre nourriture, notre climat, dépendent étroitement de ces équilibres qui lient l'homme et la biodiversité, c'est une complémentarité indispensable.

 

 

Un bref historique du projet 

 

Nous avons profité des affleurements argileux constitués par une ancienne carrière (le santonnier Montagard venait y prélever son argile !), pour y implanter la mare.

En décembre 2014, après avoir délimité la surface à travailler, les engins du Service Technique ont commencé à creuser. Quelques petites journées ont suffi aux agents pour en venir à bout et nous avions ainsi une belle cuvette de 7 mètres de diamètre pour une profondeur variant volontairement de 20 à 80 cm. Il s'agit donc d'une assez grande mare qui peut contenir plus de 30 m3 d'eau. Le pari lancé fut de compter sur l'étanchéité du sol argileux d'une part, et d'autre part du remplissage naturel grâce à une rigole canalisant l'eau de pluie vers la dépression. Premier pari gagné car il a suffi d'une seule grosse pluie pour la remplir totalement ! Enfin, la vie s'est très vite mise en route avec l'arrivée des premiers insectes aquatiques : notonectes et gerris (punaises aquatiques), de vrais pionniers ! Peu de temps après des gyrins (coléoptères aquatiques) sont arrivés, suivis des premières pontes de crapaud commun...

Afin d'accélérer la colonisation par des plantes aquatiques, 5 espèces ont été prélevées dans des rigoles et canaux des Sorgues et puis introduites : des massettes, des iris faux acore, des phragmites, des carex et de la menthe aquatique. Enfin les semaines qui ont passé nous ont confirmé que nous avions gagné notre deuxième pari : étanchéité totale de la mare, pas une fuite ! La seule perte en eau provient de l'évaporation. Une grosse pluie tous les deux à trois mois suffit à maintenir un niveau d'eau minimum.

Et pour notre plus grand plaisir de magnifiques libellules colorées, des bleues, des rouges, des vertes, sont arrivées et ont pondu.

 

Des intrus indésirables

 

Hélas, croyant sans doute bien faire, certaines personnes ont introduit des poissons, ce qu'il ne faut jamais faire ! Nous y trouvons désormais une importante population de gambusies (Gambusia affinis), ce petit poisson américain introduit en Camargue dans les années 30 pour lutter contre le paludisme, devenue depuis une espèce envahissante et indésirable. Une autre espèce, plus grande, non identifiée, a été aperçue plusieurs fois, nouvelle preuve que quelqu'un a apporté des poissons. Dans une mare ou un bassin, ces créatures consomment tout ce qui bouge, et déposent de grandes quantités de matières azotées : elles éliminent progressivement toute forme de vie sauvage et empêchent l’écosystème aquatique de fonctionner. A terme nous allons devoir trouver une solution pour éliminer ces intrus.

Peut-être que la ou les personnes qui ont mis ces poissons pensaient lutter contre les moustiques ?Idée naïve, puisque dans une mare fonctionnelle les larves de moustiques sont consommées par les nombreux insectes et les amphibiens. Les moustiques, et notamment le moustique tigre, préfèrent proliférer dans le seau oublié au fond de votre jardin, dans une vieille boîte de conserve, ou encore dans l'eau accumulée des pneus abandonnés ici et là.

Créer une mare équilibrée n'a jamais favorisé la prolifération de moustiques, c'est une idée reçue !

 

Pour aller plus loin

 

La Mairie de Pernes a montré à travers ce modeste projet, qu'une petite action pouvait être grande de sens. Elle montre l'exemple d'une initiative positive et optimiste : améliorer la biodiversité et permettre au public de la découvrir.

Dans la continuité de ce type d'action, il serait opportun de mettre en place un projet de fabrication de nichoirs pour les passereaux (mésanges, sittelles, grimpereaux) et pour la chevêche d'Athéna, une espèce menacée à l'échelon national qui est présente sur la commune. Les arbres de Puy Bricon sont jeunes et n'ont pas les cavités indispensables pour la reproduction de ces espèces.

Ce type de travail pourrait impliquer écoles, centre de loisir, ou tout public jeunesse motivé avec peut-être l'aide d'un artisan du bois ? Bonnes volontés, manifestez-vous !



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