Histoire géologique

Aperçu de l’histoire géologique du fossé d’effondrement de Sault.

 

Tectonique de collision, il y a 110 MA. Plissement pyrénéo-provençal.

 

On pousse, ça plie, ça rompt.

Collision de la plaque ibérique contre la plaque eurasienne ! Le moteur ? L’énergie des courants de convection du manteau. 3 massifs anticlinaux bien parallèles, allongés Ouest-Est, comme les Pyrénées…, Ventoux, monts de Vaucluse, Luberon sont exondés. Des îles ! Sous climat subtropical.

Sous un tel climat, les sables ferrugineux, derniers dépôts de la mer « vocontienne », comblée, peu profonde, vont, une fois à l’air, donc en présence de O2, se colorer, se rubéfier, par percolation des oxydes de fer. Le fer migre avec les eaux phréatiques, ses oxydes  colorés  sont emportés ici (sable blanc pur), s’accumulent là (sable ocreux, orangé, rouge..). Processus de… latéritisation, comme en Afrique.

C’est spectaculairement observable à la Balate, Villes-sur-Auzon, Bédoin (Demoiselles coiffées) et au …Colorado provençal ! Ils affleurent à la Sygoyère, le Moustier, etc, sont masqués ailleurs. Les marnes gargasiennes, à ammonites et bélemnites…, sont à l’affleurement tout autour de la dépression de la Nesque. Elles sont splendides au lieu-dit « la Gaire ». Elles reposent sur le calcaire. Elles témoignent de la profondeur de la fosse vocontienne. Par-dessus ces marnes, les sables bigarrés l’attestent, la fosse s’est comblée, la migration des eaux phréatiques chargées d’ions les a joliment colorés après l’émersion des reliefs.

La karstification des calcaires commence dès l’émersion : l’eau dissout (ionise) les carbonates. Les impuretés des calcaires s’accumulent si possible. Les avens, lapiez, dolines et les conduits souterrains se mettent en place. Sous climat tropical, la percolation des jus chimiques des nappes phréatiques, (ions), les sables, les sols fersialitiques d’Albion évoluent vers les étonnants «paléosols» colorés, fersialitiques, que nous connaissons.

 

Une chance ! Crise Oligocène de Tectonique cassante, distension étirement de la Croûte terrestre il y a 30 MA.

 

Les contraintes s’inversent ! Après avoir poussé (plissement), elles étirent, ça casse, des panneaux basculent, s’affaissent, (effondrement). Inversion des courants mantelliques ?

Des fossés d’effondrement se forment entre les fractures (failles dites normales) des calcaires durs et cassants. Fossés de : Sault, Brouville, Murs, Javon, Banon, bassin de Montbrun, bassin de Malaucène, de Mallemort-Mazan-Mormoiron… Un Océan est-il en train de naître ? On est en plein… rifting. Des lacs salés occupent ces fosses. Leur évaporation dépose du sulfate de calcium hydraté, le Gypse, sel marin CaSO4n(H2O), pierre à plâtre. S, l’élément Soufre est responsable des eaux sulfureuses (H2S) du Château de Coudray, des Bains, de Montbrun…

Le « bassin » qui nous intéresse fait à peine 4000 ha.

Le lac dépose, par-dessus le gypse, et cela le conservera car il est un peu soluble (saturation : 2 g / l), des calcaires en plaquettes, plus ou moins marneux. Ils sont superbement visibles aux sources de la Nesque, aux Grayaux, aux Hermas, à Buan. Ils ont une odeur de bitume au grattage et sont fossilifères (Cyrènes, Cérithes… fossile de facies lacustre).

Le « Grand » Lac souffrait de pertes, vue la fissuration de son assiette calcaire. Ces « fuites » avaient leur résurgence à Méthamis. Elles y favorisèrent le développement d’une forêt de type mangrove. Cela explique les célèbres gisements de lignites, exploités jusqu’en 1955, résultats de la décomposition anaérobie de la biomasse produite par cette... mangrove. Ces gisements fournirent, avec le médiocre charbon, de précieux fossiles de mammifères du tertiaire.  

 

Mégacrise tectonique alpine majeure. Collision plaque africaine contre plaque eurasienne. Courants de convection mantelliques indomptables ! Il y a 25 MA.

 

Le mont Ventoux, déjà bien vieux, il a plus de 80 (MA !), voit «naître» les Alpes.Il s’en trouve rajeuni car la collision, disons l’orogenèse alpine, surélève, à l’Est, tous les reliefs existants, pyrénéo-provençaux. (PP).

Les failles rejouent, se réactivent. De nouvelles se forment, recoupent les premières. Le remarquable tracé en baïonnette des Gorges prouve que leur creusement en canyon, bien plus tard, au quaternaire, a été facilité par les cassures des 2 crises de collision, PP et alpine, et par la crise Oligocène de distension et d’étirement crustal.

La mer périalpine, ou « mer miocène » (du milieu du Cénozoïque ou Tertiaire), reflue alors sur nos régions pendant 5 MA. C’est la dernière grande transgression marine nous concernant.

Mont Ventoux, monts de Vaucluse, Luberon, Alpilles forment alors encore un archipel d’îles orientées, étirées Ouest-Est. Leur karstification continue à œuvrer en surface comme en profondeur, et installe ses conduits vers… Fontaine de Vaucluse, et le Groseau, Notre-Dame-des-Anges au Nord. La latéritisation continue pour les sables ocreux. Les cuirasses les protègent de l’érosion autant que faire se peut

Tout autour des îles, durant 5 MA la mer dépose des épaisseurs considérables de débris coquillers qui se cimentent en « molasse burdigalienne », ou « pierre du midi ». Par opposition à « la pierre froide » qu’est le calcaire des reliefs pyrénéo-provençaux. Pierre d’Aurel, d’Espeil, Ménerbe, Malaucène, Crillon-le-Brave, Venasque, Lacoste… sont des souvenirs laissés par la mer périalpine. Les romains en feront grand usage, dont le Pont du Gard. Les saltésiens aussi. Ce jour, tous les gisements sont exploités, sauf l’îlot miocène d’Aurel. Les formations miocènes sont à l’affleurement, très bien observables, aux Grayaux, aux Crottes, à Aurel.

 

4 longues périodes périglaciaires viennent dynamiter les reliefs périphériques après la régression ultime de la mer.

 

On peut se faire, 1 ou 2 fois par décennies, une idée de l’ambiance qui régnait alors. Quand le sol, bloqué par le gel, devenu totalement inapte à l’infiltration, reçoit, plusieurs jours durant, de copieuses pluies et que, en plus, le manteau de neige fond, alors, tous les affluents fossiles de la Nesque fonctionnent. «La Croc passe» disent les gens. La Nesque, les affluents des Bains, de Buan… quittent leur lit mineur. La Nesque «déborde», passe sur certains ponts. Cela se produisit les 6 et 7 janvier 1994. A Pernes c’est très préoccupant, parfois très dangereux. La digue du lac de Monieux explosa.

Dans cette ambiance, durant 6 Ma, à partir du Messinien, la Nesque surcreusa les failles en canyon, aidée en cela par l’exhaussement du contrecoup alpin donnant du tirage, du potentiel, de la vitesse, donc de l’énergie mécanique à l’eau. Energie décuplée par l’abaissement de la Méditerranée de 1500 m. De grands thalwegs, tout autour des gorges ébauchées furent creusés en même temps que le canyon. Des cônes de déjections monumentaux empâtent les paysages de leurs matériaux détritiques accumulés. Il suffit de regarder. Ça parle !

 

«Il sera beaucoup pardonné» à la crise tectonique de l’Oligocène, de -33,9  MA à -23 Ma. Durée 10 Ma. Elle a offert un fossé d’effondrement (Poljé ou Graben pour les intimes) et un lac salé au contexte Ventoux-monts de Vaucluse-Albion. Ses fuites expliquent les lignites de Méthamis.

Une fois le lac oligocène vidé, ses sédiments, la tectonique et le climat aidant, la Croc, la Nesque y prendront positions,…

…Les romains, leurs bains sulfureux.

Les moines défricheurs et leurs administrés, leurs lieux de culte et leurs moulins.

Les distilleries, les écrevisses, les truites, les loches, vairons, les vertes prairies… les riverains, Véolia, distributeur d’eau potable, doivent, eux aussi, une fière chandelle au pourvoyeur en eau d’exception des déserts calcaires entre Ventoux et monts de Vaucluse !

Les routes suivront les principales cassures de l’ossature calcaire.

Cerises sur le gâteau ? Le pittoresque paysager, d’accès confortable et tolérés pour tous âges, et tous véhicules, en tous lieux, le projet de PNR… L’augmentation du débit touristique est sensationnelle et prometteuse. Elle se ressent et s’entend 4 saisons sur 4. Comment répondre à la demande en eau de tout ce monde ?

Le ruisseau répond « basta » tous les étés. Tout y meurt. Il y a pire de par le monde. Le visiteur n’y voit que du bleu, c’est essentiel. Les broussailles cachent « le pourridié » un maximum. La part du Colibri.

Les élus du SIAN planchent sur la cruciale question, d’Aurel à Pernes.



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