Une grande singularité

 

La Nesque : d’Aurel à Monieux puis au Rocher du Cire et Méthamis,

 

 

… mais  ignorée. Ripisylve, broussailles, embâcles et roselières conquérantes et envahissantes la privent d’ensoleillement et de courant. Le ruisseau est  invisible sur  95 % de son cours. Coule-t-elle ou pas ? Et la vie la dedans ? « Nul ne sait comment sont  les choses quand on ne les regarde pas ! ».  Les « Silences du Ventoux » donnent à voir,  à La Loge par exemple. L’Association la « Nesque propre » s’y investit fort. L’homme et la Nesque peuvent-ils encore coexister tant les sources sont de plus en plus impactées de manière insoutenable ?

 

La Directive 2000-60-CE, Directive Cadre sur l’Eau ou DCE du 23. 10. 2000 affiche un objectif clair : un bon état écologique de l’eau, en France, en 2015 ! On est loin du compte, mais demeure l’espoir. L’Association « La Nesque propre » travaille dur. La Fédération Départementale des AAPPMA a aidé les étudiants hydrobiologistes de l’Université de Provence, par pêches électriques, à voir plus clair dans l’évolution de l’IBGN de ce ruisseau qu’elle supervisa de 1975 à 1996.

 

La Nesque est, en fait, l’unique collecteur pérenne, d’eau, entre le Calavon du Bassin d’Apt au Sud, et le Toulourenc, au Nord. Soit, du Sud au Nord, 35 km de reliefs calcaires sans un seul filet d’eau. Exceptée, la Nesque ! Et les abreuvoirs à gibier, financés par les chasseurs, refuges du Pélodyte ponctué, le tout petit crapaud persillé, entre autres.

 

Le vaste fossé d’effondrement de Sault, vieux de 30 MA, formé entre des failles tectoniques de distension, offre à la Nesque un parcours paisible, médiocrement étanche grâce à des sédiments tertiaires lacustres, et à des alluvions plus « modernes », disons Quaternaires. Le Würm, dernière des 4 glaciations, fut ici une période de climat périglaciaire pour la région. Terminée il y a 10 000 ans elle fut caractérisée par une érosion féroce et des transports et accumulations spectaculaires de matériaux. Un aven ayant fonctionné tel un piège naturel a livré aux archéologues dirigés par Mme Evelyne Crégut-Bonnoure : Bouquetin, Marmotte, Lagopède…, une faune « tardiglaciaire », pas si inattendue des experts. Jusqu’à –10 000 ans BP, Before Present, la Croc, la Nesque avaient des débits respectables, capricieux, permanents. Elle était connectée aux Sorgues. Cela explique la présence, en 2015, de certaines espèces de poissons. 200 m d’épaisseur de galets lourds au pont de Sault, cône de déjection de la Croc, affluent fossile de la Nesque. Impressionnant cône de déjection au Seigneur. Les particules plus fines donc plus légères, sables carbonatés, argiles, sédimentaient plus loin. D’où les célèbres grasses prairies à fauche, à Narcisses, Dactylorhizas et Gesse de Pannonie etc, de Fontbonne et de Buan à Monieux.

 

Les failles d’étirement-rupture de la croûte terrestre sont des marqueurs paysagers forts. Il suffit de regarder les reliefs tout autour, quand on est au bord du ruisseau. Les miroirs de failles parlent, les falaises subverticales trahissent les glissements décrochements de 2 panneaux qui ont coulissé. Entre elles et aux pieds des falaises, les épandages de colluvions (pierrailles gélifractées) encombrent les versants et masquent leur roche mère.

 

Faille F1 : Monieux, Verdolier, Grand côte, Font Margot. Col de la Frache, en crête.

 

Faille F2 : St Jean, Courtine, Sault, Aurel, Gour des Oules. La route de Montbrun emprunte cette cassure majeure.

 

Faille F3 : faille des Michouilles parfaitement parallèle à F2 avec laquelle elle ébauche un modèle d’école de rift avorté. Comme l’Alsace, ou une Limagne, mais en miniature !

 

F2 coupe en 2 le chaînon anticlinal Ventoux-Lure. Ces 2 montagnes, sœurs jumelles, nées des contraintes de collision pyrénéo-provençales, ont été fracturées donc séparées par F2 lors des grandes distensions oligocènes. (Ere Tertiaire).

 

Entre ces grandes  « balafres » le vaste panneau calcaire central a subsidé. Il s’est enfoncé sous le poids des matériaux sédimentaires qu’il piégeait. Disons qu’il a « plongé » de près de 400 m. La dépression affamée s’est bien gavée de sédiments comme tout bassin sédimentaire, piège à matériaux détritiques, sait le faire.

 

L’eau peut ruisseler sur les sédiments meubles, y creuser son lit mineur, hélas dévasté lors du curage de 1966, le quitter pendant les crues grâce aux barrages de végétaux morts charriés, accumulés, fertiliser son lit majeur.  Le karst, fissuré donc perméable, est juste en dessous, sous un culot étanche d’épaisseur variable, de 0 à 300 m d’épaisseur suivant les endroits. Il affleure parfois juste sous la tranche d’eau. Il en est ainsi au Pont de Noël, à Monieux. La Nesque y coule sur le roc ! Epaisseur des sédiments d’étanchéité : 0, par endroits.

 

C’est dire qu’il ne faut pas trop poinçonner en aveugle sous l’aquifère : le risque est grand d’offrir des pertes aux nappes phréatiques de la Nesque.



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