Les "Stars" du Défend de Monieux

Et de la vaste plaine, entre Monieux et Sault

 

 

Samedi 27 mai 2023, 17 participants de l’association « La Nesque propre » se sont donnés un nouveau rendez-vous au lac du Bourget à Monieux.

Programme de la matinée : les “Messicoles”.

Ces plantes à fleurs se sont installées dans les cultures il y a très longtemps. Leurs semences sont venues de Turquie, du Moyen Orient, au néolithique. Le troc, puis le commerce des produits de la terre, leur offrirent l’occasion de voyager et d’aller pousser ailleurs au moment des semailles. La présence de leurs graines dans les sacs de céréales échangés ou vendus était très discrète. C’est donc clandestinement, en secret, que les messicoles ont parcouru des distances considérables en quelques milliers d’années.

Elles aiment les sols non stabilisés. Idéalement, ce sont les labours qui garantissent leur survie. L'incroyable longévité de leurs graines dans le sol atteint 30 à 50 ans pour certaines espèces. Elles ont fait, des espaces que l’homme leur a chipé pour semer, leur habitat.

Quand les céréales sont moissonnées, les messicoles ont déjà produit leurs graines. Elles ont un cycle court. Le labour les enfouira.

Une centaine d’espèces, venues surtout de Mésopotamie, ont fait, des “moissons,” leur “maison”. C’est la traduction du nom “messicole.”

Elles furent cataloguées “mauvaises herbes.” Dès 1950 elles furent traitées en conséquence partout en France. Désherbants, anti germinatifs, tri des semences, sélections. D’où leur irréversible extinction, achevée, ou en route.

Seul le maintien d’une agriculture traditionnelle garantit leur survie.

C’est le cas ici même.

Il fallut attendre jusqu’en 1992 pour que leurs irremplaçables fonctions écologiques soient enfin prises en considération. Fonctions de nourrissage envers les oiseaux, envers les Arthropodes, dont les insectes tout particulièrement.

Georges Ughetto est arrivé de bonne heure pour préparer une exposition  aux portes des Gorges de la Nesque. Georges et Albin Augé sont des passionnés de botanique.

Ils  nous ont d’abord présenté  des ancêtres du blé, venus de… là-bas, trois Aégilopes.

Une vingtaine d’échantillons d'autres messicoles étaient exposés. Ils appartenaient à des espèces affichant, sur le terrain, des signes de bonne santé, par les nombres d’individus rencontrés.

La  Nigelle ou Couronne des champs, très belle, porte étendard et symbole des messicoles, se fait rare, comme le Bleuet. Les échantillons venaient d’un jardin de Monieux. Un petit conservatoire privé.

Deux photos de la Garidelle étaient exposées. Cette envoûtante curiosité botanique ne se trouve plus qu’à La Roque-sur-Pernes, dans une culture à gibier, et à Mérindol. Les deux petites populations sont protégées, comptabilisées et minutieusement suivies chaque année. 

Vaccaria hispanica, la Vachère, une plante très élégante, réputée pour favoriser la lactation des vaches, s’est, ici, bien raréfiée. Le rameau en boutons presenté vient di jardin. Par contre, Iberis pinnata, Bifora radians, Viola arvensis, la Cameline à gros fruits, la Neslie en panicule, la Calepine irrégulière, le Miroir de Vénus ont encore un bel avenir de Monieux à Sault. Sous condition, bien sûr. 

Le Coquelicot abonde, certes, et nous en avons identifié 3 espèces aux differences évidentes. Dont le pavot argemone, pas si fréquent.

 

Le Vaucluse est le département le plus riche en messicoles. Monieux, Sault, Plateau d’Albion, Lagarde d’Apt sont les secteurs les plus prospères en ces espèces dites adventices.

Elles poussent principalement dans les cultures céréalières : le blé, le seigle, le triticale (hybride blé-seigle), l’engrain (petit épeautre).

Elles sont très exhibitionnistes par leurs formes, leurs dimensions, leurs couleurs, leurs odeurs parfois, comme Bifora radians.  Est-ce pour nous charmer ? Ou pour nous dire “Conservez-nous, nous sommes si utiles à d’autres que vous”? Ou pour attirer les pollinisateurs ?

Autrefois surnommées « mauvaises herbes »,  « adventices » ces termes caractérisent  les Messicoles alors qu’elles n’entrent pas en compétition avec les cultures. Ils signifient les habitantes des moissons supplémentaires, les intruses, les indésirables.

Bien au contraire, elles représentent une valeur patrimoniale importante pour toute une faune. Elles constituent un réservoir alimentaire pour les oiseaux, les insectes, dont les papillons…

Nos  observations ont continué jusqu’à 13h sur le terrain, au lieu dit « le Défend » où elles poussent en bandes dont les Bleuets, les Bifores rayonnantes, Coquelicots. Bleu, blanc, rouge…  Elles sont toutes des symboles de la pureté, des indicateurs de la qualité des sols et des milieux.

Tout autour de nous, nous entendions chanter le Loriot d’Europe, les Coucous, la Caille des blés, la Huppe fasciée, le Grimpereau des arbres… La Rousserole turdoïde des roselières.

On percevait l’interdépendance du monde vivant, 360° à la ronde.

A midi,  direction la Guinguette du lac qui nous a concocté un bon déjeuner en terrasse au bord de l’eau.

Merci à Georges, à Albin, à toute l’équipe des participants.

 

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