"Aquila Fasciata"
Une espèce méconnue des zones humides

Ce samedi 26 octobre, malgré les gouttes, près de 40 personnes sont venues assister à la conférence de Christian Perennou sur l’Aigle de Bonelli à la Médiathèque de Pernes-les-Fontaines. Christian est chef de projet à la Tour du Valat, Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes. ( Le Sambuc-13-Arles)
L’Aigle de Bonelli, Aquila Fasciata, est un oiseau classé parmi les espèces menacées en France. Il est bien présent en Espagne, au Portugal, en Grèce et s’étend jusqu’au au Moyen-Orient, en Inde et même en Chine. C’est un oiseau des collines, falaises et garrigues, plus petit que le vautour, dont l’aire de répartition se situe entre le Languedoc et la partie Ouest de la Provence. D’environ 80 couples nicheurs en 1960, on est tombé à 20 en 2002. Il est alors considéré comme très menacé. Les raisons de cette baisse sont principalement le dérangement causé autour des lieux de nichage par les activités humaines (randonnées, escalade, fréquentation et bruit), la baisse des proies comme le lapin, malade ou manquant. Une première opération de bagage des oiseaux commence en 1990. Il en ressort une nouvelle raison de leur disparition : l’électrocution sur les poteaux électriques en Crau et en Camargue. Grâce à un partenariat avec ERDF, des protections sont peu à peu installées sur les poteaux. Après plus de 10 ans de corrections des installations électriques, le nombre de couples commence à remonter pour atteindre aujourd’hui environ 50. Avant ce travail, 70% des aiglons n’atteignaient pas 1 an, aujourd’hui on est plutôt à 40%. Mais que fait l’Aigle de Bonelli en Camargue ?
Après l’équipement de 47 jeunes Aigles en GPS pendant plusieurs années, on comprend mieux son cycle: il nait dans les falaises de garrigue au printemps et prend son envol au début de l’été. Il quitte ensuite le territoire parental à la fin de l’été et commence alors une vie erratique de jeunesse pendant 2 à 3 ans avant une mise en couple et son établissement sur son territoire de reproduction. Pendant cette « folle jeunesse » de 2-3 ans, il fréquente assidument les plaines et les zones humides riches en gibier. Christian Perennou donne l’exemple d’un jeune Aigle nommé «1F» du code de sa bague, qui va passer plusieurs années en Camargue, va y rencontrer plusieurs femelles venant de régions différentes elles aussi, sans former pour autant de couple durable. D’autres jeunes Aigles sont vraiment plus aventuriers et vont explorer l’Europe, du Danemark jusqu’au sud de l’Espagne, voire même l’Afrique du Nord-Ouest.
Avant de conclure, C. Perennou nous parle du phénomène de spoliation : peut-être par manque de territoire de nidification – mais d’autres causes sont envisagées – les jeunes Aigles expulsent un des oiseaux du couple déjà installé dans un nid. L’oiseau expulsé doit alors retrouver un partenaire et un lieu de nidification.
En conclusion, l’Aigle de Bonelli, comme beaucoup de rapaces, est sédentaire mais … pas les juvéniles qui peuvent beaucoup voyager, est un oiseau de falaises et de garrigues mais… pas les juvéniles qui fréquentent les plaines et les zones humides, est fidèle à vie mais … pas quand les imprévus l’amènent à rechercher un autre partenaire.
La conférence se termine par une abondante séance de questions réponses sur les rapaces et leur protection.
Pour plus d’informations sur la Tour du Valat et les zones humides méditerranéennes, n’hésitez pas à vous rendre sur le site internet : https://tourduvalat.org/
Françoise SERIN

Ajouté le 03/11/2024 par Françoise SERIN - 0 réaction


