Ils se sentent bien, ici dans le Ventoux !

Samedi 19 avril 2025, après avoir hésité sur le report au lendemain à cause du vent, le groupe de 12 participants, sous la conduite de Dimitri Marguerat, rejoint le belvédère des gorges de la Nesque.
La sortie commence par une longue remontée du versant Sud au-dessus de Monieux. Les conditions d’aérologie (vent fort du sud) conduisent les grands oiseaux à profiter des convections thermodynamiques .Nous pouvons déjà observer 2 nids de Vautours fauves récemment installés dans une falaise inférieure. La nouvelle colonie des gorges, installée spontanément depuis 4 ans, est en rapide croissance et atteint déjà 13 nids occupés, et 3 ayant subi un échec. Depuis ce versant, nous avons la chance d’observer le passage d’un Balbuzard pêcheur en migration, d’un Vautour percnoptère, espèce plus rare que le fauve, d’un Milan noir, et d’espèces plus communes comme l’Hirondelle des rochers, le Martinet à ventre blanc, le Faucon crécerelle, le Grand Corbeau. Plus haut dans la forêt, nous pouvons entendre aussi le chant de petits passereaux : le Pouillot de Bonelli, la Fauvette passerinette, le Pinson des arbres, le Roitelet triple bandeau, la Linotte mélodieuse, la Mésange bleue…
Coté végétation, c’est la garrigue des versants calcaires secs : buis, chênes verts et pubescents, thym et autres aromatiques, et les Amélanchiers à feuilles ovales en fleurs (photo).

Amélanchier à feuilles ovales
Nous découvrons une borie à double entrée, témoin de la fréquentation pastorale des lieux autrefois. Au sol, Dimitri nous montre un Géotrupe des bois, un Bousier chargé d’absorber les déjections des ruminants et de bien les assimiler dans le sol. Il déplore que les vermifuges donnés aux animaux (Ivermectine) aient un effet délétère sur la faune du sol, et qu’ils enrayent ce processus naturel sur de longues périodes à cause de la grande rémanence du produit. Des crottes très poilues sur le sentier laisseraient penser à celles d’un jeune Loup, sans certitude.


La pause casse-croute du midi a lieu au hameau des Bessons, restauré par des résidents secondaires. Jacques et Brigitte, de Pernes les Fontaines, nous accueillent très gentiment dans leur grange à musique, ou nous pouvons échapper un moment au ronflement du vent. Après le café qu’ils nous offrent, nous rejoignons un belvédère tout proche avec vue sur le rocher du Cire.

Anémone hépatique
Grace à la longue vue de Dimitri, nous observons plusieurs nids de Vautours fauves. Dans chacun, un poussin déjà de belle taille, issu d’une ponte de janvier ou février, est protégé par l’un de ses parents, tandis que l’autre est parti chercher la nourriture au loin, probablement sur les aires de nourrissage de Remuzat, à 40 kms au nord. Rappelons que les Vautours (4 espèces différentes présentes en France) ne se nourrissent que d’animaux morts : ce sont des charognards. La mauvaise réputation qui leur a été faite par le passé de s’attaquer aux troupeaux, et qui a conduit à leur quasi extinction, est usurpée. Ils sont protégés désormais, mais les conditions d’environnement éco-pastorales actuelles font qu’il faut leur déposer des carcasses d’animaux morts sur des aires affectées pour permettre à leur population de croître. Cependant, n’oublions pas que le vautour fauve est devenu totalement dépendant, de longue date, de l’activité pastorale. Depuis la révolution néolithique (sédentarisation de l’homme), l’humain a peu à peu remplacé les mammifères sauvages (ongulés notamment) par des mammifères domestiques. La vie des vautours est ainsi entièrement liée, en Europe, à l’économie pastorale et donc à l’homme. Les charniers ne sont pas véritablement des nourrissages supplémentaires mais plutôt une concentration d’animaux d’élevage morts de leur mort naturelle.
Ces grands voiliers peuvent se déplacer sur de longues distances (50 à 100 kms) pour prospecter leur nourriture, mais aussi mélanger les colonies pour la diversité génétique. Réintroduits dans les Grands Causses, le Vercors, les Baronnies, et le Verdon, ils sont en contacts fréquents entre eux. La nouvelle colonie spontanée de la Nesque en est le résultat. Dimitri nous montre des plumes, des os des ailes et du bréchet. Il nous explique la conformation particulière de ces oiseaux pour permettre leurs performances aériennes. Il nous montre également les différentes conformations de serres des rapaces adaptées à leur mode de chasse et proies différentes (mammifères, poissons, serpents). Le Vautour n’a pas de serres préemptrices de la proie. Il enfouit sa tête dans la carcasse pour saisir à l’intérieur sa nourriture, d’où son cou déplumé.

Du belvédère, nous pouvons observer des oiseaux rejoignant le nid pour apporter la nourriture à leur petit. À cause du vent fort, l’approche est particulièrement délicate avec un atterrissage en arrondi. La nourriture est prédigérée puis régurgitée dans leur bec, tandis que l’autre membre du couple s’envole à son tour pour une nouvelle recherche. C’est ainsi qu’ils se relèvent toute la journée à tour de rôle. Ce nourrissage au nid va durer 4 mois. L’envol du petit aura lieu normalement en juillet.
Nous rejoignons les voitures en fin d’après-midi, après avoir initié quelques cyclistes curieux de découvrir ces animaux, dont les nids sont à peine décelables depuis la route. Nous avons l’impression d’avoir encore beaucoup à découvrir de ces oiseaux magnifiques.
Texte : Denis ROUSSET
Photos : Denis ROUSSET, Dimitri MARGUERAT, Philippe CrOAYNE, Jean Pierre SAUSSAC, Marie Thérèse ZIANO, Nathalie LECAT, Philippe CHAVAREN





Ajouté le 21/04/2025 par Denis ROUSSET - 0 réaction


