Le marais de l'île Vieille

Ce samedi 7 Juin 2025, accompagné par Dimitri Marguerat , guide naturaliste « Rando-oiseaux », nous sommes 12 participants de la Nesque propre à nous retrouver à l’entrée de l’espace naturel sensible de l’Ile Vieille à Mondragon, propriété du département du Vaucluse.
A priori, le site n’est pas très attrayant, coincé à la pointe du canal de Donzère-Mondragon et du vieux Rhône, au bord de la ligne TGV et non loin de l’autoroute! En réalité, notre découverte de cet ENS va s’avérer riche en oiseaux, insectes et plantes magnifiques. Le marais de l’île Vieille couvre une surface de 260 hectares. Cette zone humide remarquable s’est formée sur le site d’une ancienne gravière, remplie d’eau en 3 étangs dont un, réserve de pêche. Sa proximité avec le Rhône et son accès, peu signalé et en dehors des grands axes, en font un lieu peu fréquenté où la Nature retrouve ses droits.

Héron pourpré
Notre balade est un parcours en boucle de 7 km, d’abord autour du grand étang, puis de la lône de Lamiat, un ancien méandre du Rhône composé d’un plan d’eau et d’une roselière inondée. Nous commençons par examiner le Millepertuis « mille trous » en vieux français), qui tient son nom des nombreux petits trous qui semblent apparaitre en regardant sa feuille en transparence (en fait de micro-poches d’huile essentielle) et l’Onagre et ses fleurs jaunes, une plante originaire d’Amérique du Nord.
Les oiseaux s’entendent mais se montrent peu. Nous voyons tout de même le Bruant zizi perché en haut d’un arbre mort, le Héron cendré, la jolie Tourterelle des bois et Dimitri nous signale le chant de l’Hypolaïs polyglotte, puis de la Bouscarle de Cetti.
Les insectes sont nombreux dans les hautes herbes, notamment les zygènes, les demoiselles (à ne pas confondre avec des libellules !) au corps frêle et aux ailes parallèles au corps à l’arrêt, aux couleurs variées. Nous rencontrons notre premier émerveillement de la matinée : le Petit mars changeant, un magnifique papillon aux couleurs orangé et violet, assez rare chez nous. La couleur des ailes des papillons peut venir du pigment de leurs écailles, mais aussi de la seule diffraction de la lumière sur ces écailles qui ne renvoient que certaines couleurs du spectre lumineux.

Mylabris variabilis
Nous continuons notre tour du plan d’eau, entre verger abandonné, hautes herbes à l’état sauvage et fossé humide. On observe la Chrysomèle du peuplier - un petit coléoptère ressemblant à une coccinelle allongée sans points-, le Mélitée du Plantain - un papillon orange et noir, les Calopteryx virgo, ou splendens, avec leur bleu électrique ou sombre pour les mâles, leur couleur vert-or pour les femelles. On aperçoit aussi les papillons : Robert-le-diable aux ailes découpées, le Demi-deuil noir et blanc, le Tircis, commun des sous-bois. En se posant sur les fleurs, les papillons peuvent rencontrer leurs prédateurs que sont les araignées, en particulier la Thomise variable ou « araignée-crabe » qui pique, paralyse puis liquéfie l’intérieur du papillon pour le pomper ensuite. Elle peut aussi se nourrir d’abeille comme nous le constatons sur une fleur. En traversant un pré, notre deuxième merveille de la matinée nous attend : un papillon Petit Monarque ! C’est une rencontre exceptionnelle car ce papillon n’est pas présent dans le sud de la France. Il est très courant au Sénégal, en Egypte, en Inde et généralement sédentaire. Nous l’admirons longtemps avec ses ailes d’un orangé flamboyant et ses points blancs sur fond noir ! Il est seul, ce qui laisse penser qu’il est arrivé là accidentellement.

Robert le diable
Notre parcours se termine par la lône de Lamiat, une zone protégée équipée d’un observatoire à oiseaux flambant neuf avec une vue imprenable sur le marais et la roselière. Curieusement on ne voit aucun canard et les oiseaux, cachés dans les roseaux, sont très difficiles à observer. On entend le Bongios nain (que Dimitri tente d’imiter!). Un peu d’attente et le dernier cadeau de cette sortie apparait: le Héron pourpré, d’abord en vol rapide devant nous puis perché sur un arbre mort dans l’eau, probablement en train de protéger son nid contre un milan noir qui rôde.
Après un pique-nique mérité, nous rentrons heureux du spectacle qui nous a été donné, et toujours plus convaincus de l’importance de préserver et d’étendre des zones naturelles humides protégées pour laisser plus de chances à la biodiversité.
Un grand merci à Dimitri Marguerat, venu en éclaireur quelques jours avant, qui a préparé cette sortie pour nous.
Un grand merci aux participants !
Texte : Françoise SERIN
Photos : Philippe CROAYNE, Hervé FOURBOUL , Jean Pierre SAUSSAC
Le reportage PHOTOS : CLIQUEZ ICI


Petit Monarque

Caloptérix splendens mâle

Ajouté le 16/06/2025 par Françoise SERIN - 0 réaction


