Se protéger des risques d'incendie, sans détruire la nature

Visiblement, le respect des procédures et des règles en vigueur, n’est pas la voie empruntée sur plusieurs propriétés privées dont les bois bordent les chemins de l’Argilouso et du Peyrard sur les hauteurs de Pernes. Des terrains qui sont partie intégrante du Parc du Mont Ventoux, dont l’une des missions est de veiller à la protection et la mise en valeur de notre patrimoine naturel.

Soucieux de se soumettre aux obligations de débroussaillage sur 50 m. autour des habitations, les propriétaires ont fait appel à une entreprise locale bien connue pour éclaircir les terrains proches de leurs bâtiments. Mais cette société d’exploitation forestière est passée outre les obligations règlementaires qui s’imposent pour tous travaux de défrichements. Car il s’agit bien de défrichements lourds, et non de simples débroussaillages auxquels a procédé l’entreprise. Aucune demande d’autorisation n’est parvenue aux autorités, et la mairie n’a pas été prévenue.

Le résultat a provoqué la colère de nombreux promeneurs amoureux de la nature et il offre aujourd’hui un spectacle de désolation et des dégâts irréversibles sur une bonne dizaine d’hectares.

 

 

L’abattage et le débardage des arbres avec des engins lourds a malmené et tassé un sol déjà humide. Conséquence : des ornières se sont formées à de multiples endroits, notamment dans les pentes où l’eau de pluie va s’engouffrer, entrainant la terre vers les parties basses du massif, les valats, les chemins et les habitations. Des coulées de boues sont à craindre en cas de fortes précipitations. L’accélération du cycle de l’eau, avec la perte d’une partie de la couche humide du sol, va réduire la capacité d’infiltration de l’eau et exposer les arbres épargnés à des sècheresses bien plus sévères avec le dérèglement climatique.

Ce système d’abattage ne devrait pas être permis sur un tel site, car il génère une perturbation sur l’écosystème et met en péril les essences forestières et toute la biodiversité qu’il est censé protéger. N’oublions pas qu’il faut 100 ans pour fabriquer 1 cm de sol forestier. Une étude approfondie de la dégradation de cet espace devrait-être réalisée pour mesurer le degré de perturbation du milieu naturel, pour ensuite tenter de restaurer la forêt et se rapprocher au mieux de l’écosystème initial.

Ces parcelles étaient pourtant hautement protégées dans le Plan Local d’Urbanisme de la commune. Inscrites en Espaces Boisés Classés au PLU et donc soumises à une règlementation stricte « qui interdit tout changement d’affectation ou occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. Ce classement entraine, sauf exceptions « le rejet de plein droit de la demande d’autorisation de défrichement prévue au code forestier ».

Mais le mal est fait ! Les services officiels de l’Etat dans le département (notamment les agents de l’Office National des Forêts) et la municipalité, n’ont pu que constater les dégâts… et procéder à l’arrêt immédiat des travaux d’abattage. Le rapport de l’ONF est attendu avec intérêt.

Outre les sanctions, il restera à définir les mesures compensatoires à engager rapidement. La Nesque propre demandera que le site devienne un lieu d’expérimentation pédagogique pour élèves, lycéens et étudiants. Elle est prête à y participer.

 

Robert IGOULEN

Élie DUNAND, expert ingénieur agronome

 

 

Chênes abattus en bordure du chemin de l'Argilouse

 

Le massacre des sols en haut du chemin de San Sauvayre

 

Les engins de défrichement

 



Ajouté le 08/02/2026 par Robert Igoulen & Élie Dunand - 4 réactions

Les réactions

Avatar annie caizergue

c'est une honte et le nom de l'entreprise n'est pas mentionné dommage. On devrait leur interdire leur exploitation.

Le 10-02-2026 à 21:26:56

Avatar Garcin Claude

Ces messieurs ont agi en toute connaissance de cause. Qu'ils ne viennent pas dire qu'ils ne savent pas lire des cartes, sinon, ça craint  dans leur travail .

Le 11-02-2026 à 19:05:47

Avatar Georges TRUC

Honteux et scandaleux, d'autant que les sanctions risquent fort de ne pas être appliquées. J'ai vécu dans mon village, à Visan, il y a peu d'années, à l'abattage d'une magnifique ripisylve sur 150 m de longueur et sur chaque rive, par une entreprise mandatée pour seulement dégager l'emplacement d'une ligne électrique traversant la rivière. Dès que j'ai commencé à filmer le massacre, l'engin s'est arrêté mais je n'ai pas eu le temps de demander des renforts. Une horreur ! Et l'entreprise alimente régulièrement la centrale à biomasse de Pierrelatte, prétexte à des abattages fréquents des ripisylves de nos rivières.

Le 11-02-2026 à 19:19:48

Avatar Brigitte Maisonneuve

Encore une action contre la nature et qui risque de favoriser les effets dévastateurs du climat actuel.
Scandaleux et honteux ; l'entreprise qui a réalisé ce saccage ne devrait plus avoir le droit d'exercer.
S'il y a des actions à réaliser pour limiter les conséquences sur la dégradation de l'environnement, je suis prête à m'investir.

Le 17-02-2026 à 11:03:35

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