À Méthamis

Quels sont les arbres de notre région ? Quels sont ceux qui vont supporter le mieux le réchauffement climatique? C’est à ces questions que nous convie la promenade dans Méthamis organisée par la Nesque Propre avec comme guide Michel Valerio, responsable des Parcs et jardins à l’INRAE d’Avignon ( Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.).
Samedi, 14 juin 2025, en attendant que tous les participants (15) arrivent, une discussion à bâtons rompus s’engage sur la taille, souvent aberrante, pratiquée par les municipalités sur les arbres communaux, dans l’ignorance des besoins de l’arbre et en le mettant en danger durablement. Le constat est que l’objectif principal des mairies est souvent de faire « beau » et « propre » sans remettre en question la vision purement décorative de l’arbre chez la plupart des habitants.

Notre promenade matinale dans le village de Méthamis nous fait apparaitre la grande diversité des arbres et arbustes plantés dans les jardins privés et les espaces publics. Michel Valério les connait tous, avec une histoire pour chacun ! Il y a les arbres importés plus ou moins récemment dans la région, plus ou moins adaptés au climat et à la sécheresse. Dans cette catégorie, on trouve le Cèdre de l’Atlas invasif sur les pentes du Mont Ventoux. Le Micocoulier ( Celtis australis) est un arbre originaire du sud ouest de l'Europe ; Il pourrait remplacer le platane mais supporte assez mal la taille. Le Murier platane, introduit au XXème siècle, est lui très résistant. Le Faux vernis du Japon ou Ailante est très invasif, et dégagerait au niveau de ses racines des toxines qui empêcherait les autres végétaux de pousser.

Mimosa
Le Mimosa est originaire d’Australie, envahissant et peut conduire jusqu’à stériliser des zones naturelles. Le Robinier faux acacia tient son nom du jardinier de Henri IV qui l’introduisit en France depuis l’Amérique du Nord. Le Cyprès bleu d’Arizona est également présent avec un couvre sol envahissant.

Tilleul argenté
Les arbres de nos régions sont plutôt bien placés pour supporter le dérèglement climatique par leur capacité de résistance au chaud et au sec. Le Laurier rose est issu d’Afrique du Nord, de la même famille que le Jasmin étoilé ou la Pervenche. L’Olivier, dont on trouve des forêts sauvages au Pakistan, se transforme parfois en arbre décoratif dont on dégarnit la masse foliaire en le taillant brutalement et fréquemment, ce qui le fragilise. Le Mûrier de Chine a une belle structure en ombrage qui en fait un candidat à la végétalisation du milieu urbain. Le Cyprès vert est intéressant, avec son bois imputrescible qui servait dans les roues des moulins à eau. Il se ressème facilement et peut ralentir la propagation du feu au sol. Le Tilleul est un arbre sympathique, avec ses fleurs odorantes qui attirent tant d’insectes, et son feuillage dense procurant une belle zone de fraicheur. Il faut pour cela qu’il puisse s’épanouir, ce qui est rarement le cas en milieu urbain. Le Tilleul argenté est lui plus résistant à la chaleur. Le Lyciet commun, très résistant à la sècheresse, fournit une petite couverture végétale. Ses baies sont souvent appelées goji. L’Erable de Montpellier est vraiment résistant à la chaleur et apprécie les sols calcaires. Le Lierre est très bénéfique car il prépare le sol pour les forêts, il nourrit l’Abeille collète qui lui est inféodée, et ne crée par de dommages à un arbre sain, contrairement aux idées reçues. Le Grenadier à fleurs est magnifique avec sa floraison d’un oranger flamboyant mais il n’aime pas les sols trop humides. Notre promenade ne peut éviter l’Arbre de Judée, rare arbre non tropical dont les fleurs poussent directement sur les branches (cauliflorie), le Buis et les arbustes typiques tels le Buplèvre ligneux, petit arbuste ombellifère qui demande très peu d’eau, la Viorne tin (ou laurier tin) à tailler en mai de préférence, le Sureau noir, le Spartium ou Genêt d’Espagne, plante pionnière qui pousse sur des sols très pauvres, le magnifique Genévrier cade du haut du village, arbre qui n’aime ni les arrosages ni même l’humidité atmosphérique. Il faut citer aussi le Pistachier terebinthe et le Lentisque, qui ne donnent aucune amande comestible, contrairement au Pistachier vera, originaire d'Iran, qui est cultivé ( amandes : les pistaches) et à l’Arbousier.

Grenadier à fleurs
Certains arbres de notre région sont déjà en souffrance ou menacés par le changement climatique (réchauffement, allongement des durées de sécheresse, décalage des saisons). On peut citer ici l’Amandier, originaire du centre de l’Asie. C’est un arbre très mellifère mais très sensible aux maladies. Le décalage des saisons lui cause également quelques soucis et une baisse des rendements. Le Prunier est aussi menacé par la sècheresse tout comme l’Erable à feuille de frêne. Seul l’Erable de Montpellier est vraiment résistant à la chaleur.


Viorne tin ou Laurier tin
Enfin, certains arbres souffrent de maladies et sont destinés à être remplacés car sans solution de sauvetage. Il en est ainsi du Platane, si emblématique des places ombragées, qui a l’avantage de pousser vite et de faire beaucoup d’ombre. Il est largement menacé par le chancre coloré, sans remède. Les arbres contaminés doivent être coupés et remplacés de préférence par une autre espèce, bien qu’il n’ait pas d’équivalent en hauteur et en pousse. Le Marronnier, qui vient de Grèce et des Balkans, est un arbre plutôt montagnard au départ. Il est probablement amené à disparaitre, contaminé par la mineuse d’Asie, petit papillon qui provoque le dessèchement précoce des feuilles dès juillet et peu adapté à la chaleur.

Prunier
Notre promenade dans Méthamis se termine par une envolée d’Hirondelles de fenêtre, qui reviennent et nichent sous le toit de la Poste. Nous remercions Michel Valério qui nous a bien sensibilisés à l’importance du milieu idéal pour l’épanouissement d’un arbre dont la vie normale dépasse de très loin la nôtre. C’est à son avenir au-delà du nôtre que l’on doit réfléchir en choisissant un arbre de compagnie.
Merci à Michel VALERIO
Merci aux participants
Merci au village de Méthamis
Texte : Françoise SERIN
Photos : Philippe Croayne et Jean Pierre Saussac
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Michel Valério
Ajouté le 23/06/2025 par Françoise SERIN - 0 réaction


