
Nous nous sommes retrouvés à 12 samedi 9 Août à 19h près de la grande borie de la Roque sur Pernes pour commencer un parcours de plus de 3 heures 30 à la tombée du soir et de la chaleur, en écoutant les insectes. Dimitri Marguerat nous en parler avec pédagogie. Un sentier nous fait descendre à travers les bois dans le vallon du Fraischamp. Dimitri nous donne un petit cours sur les cigales. Il existe 15 espèces de cigales en Provence mais deux sont les plus communes, la cigale grise et la grande cigale plébéienne. Leur « chant » n’est pas le même. On peut voir aussi la petite cigale noire dans les buissons qui bordent l’aérodrome de Carpentras. Les cigales ne « chantent » pas, elles cymbalisent grâce à un organe spécifique unique en son genre et que possède le mâle seulement. Il s’agit de deux petites assiettes ou cymbales en chitine très résistantes qui se déforment sous l’action de muscles spéciaux et se relâchent en émettant un son. Par ailleurs, le son est amplifié par l’abdomen creux de la cigale qui lui sert de caisse de résonance. Si on laisse passer les rayons de lumière à travers le corps d’une cigale mâle, on voit à travers ! Les organes des appareils digestifs ou reproducteurs sont comprimés autour de la carapace.

Decticelle splendide
Le cycle de vie des cigales est lui aussi unique : la larve reste et vit dans le sol plusieurs années, jusqu’à 6 ans. Elle se nourrit de la sève des racines et forme des galeries qu’elle referme derrière elle. Jean-Henri Fabre, le célèbre entomologiste a étudié comment une si petite larve pouvait vivre ainsi si longtemps. Elle est totalement adaptée avec des pattes qui ressemblent à celles des taupes, faites pour creuser et pelleter. Comme elle se nourrit de sève, assez liquide, elle possède un dispositif qui lui permet de ramener son « urine » vers ses pattes antérieures pour humidifier la terre qu’elle creuse et faciliter son travail. Quand enfin, elle sort de terre et réalise sa dernière mue, il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre. Le mâle grimpe et cymbalise pour attirer une femelle. La femelle va ensuite pondre ses œufs en les mettant à l’abri sous l’écorce des arbres. Lorsque les larves éclosent, elles se laissent tomber au sol et commencent à creuser… si elles n’ont pas été mangées jusque là !

Dectique à front blanc
Quand les cigales se taisent au crépuscule, ce sont les grillons et les criquets qui prennent le relais dans le vallon. Les criquets, sauterelles et grillons font partie de la famille des orthoptères (« ailes droites »… dans la continuité du corps). Le criquet stridule grâce à un système de « peignes » le long des pattes qu’il frotte contre ses élytres. Les criquets sont végétariens et munis de petites antennes, alors que les sauterelles sont omnivores et munies de longues antennes. Les grillons, eux, émettent du son en frottant leurs deux élytres l’une contre l’autre. Il y a peu d’insectes qui émettent des sons. En cela les cigales, grillons et criquets sont remarquables. Nous entendons surtout le Grillon d’Italie qui est le plus commun ici. Il est très difficile à observer car il est petit, quasi transparent et très clair.

En fond de vallon, nous faisons un petit détour pour voir une très grosse citerne en pierre. Cachée par la végétation, elle fait au moins 10 m de haut. Elle servait sûrement à stocker l’eau du vallon quand il était exploité en agriculture. L’eau stagne au fond, il faudra revenir voir… Nous remontons vers le Beaucet vers une aire de pique-nique au crépuscule. La vue est panoramique sur le coucher du soleil. On est entouré de tous les sons de la nature. On entend une Chouette hulotte ou Chat huant. On aperçoit un couple de Faucons hobereau. Une Pipistrelle nous survole. Grâce à un détecteur, Dimitri nous a faits écouter les ultrasons de la Pipistrelle en chasse. Ils sont inaudibles à l’oreille humaine. Nous terminons notre boucle à la lampe car la nuit est bien tombée. C’est le moment où les insectes sortent aussi à la faveur de la baisse de la température. Nous voyons ainsi un bon nombre de petits scorpions noirs au sol ou sur la roche. Dimitri capture une Dectique à front blanc dans un bocal. Nous l’observons de près… et réciproquement d’ailleurs, avant de la libérer. Dimitri attrape un criquet et nous montre ses ailes colorées de bleu. Elles servent à sidérer les oiseaux prêts à le croquer en lui donnant le temps de s’échapper. Nous observons de près aussi la grande Sauterelle verte et la Decticelle splendide, avec ses couleurs vert pomme, noire et jaune qui lui servent à se dissimuler des prédateurs.
La soirée s’est terminée avec un magnifique lever de lune !
Merci à Dimitri pour cette belle balade aux sons 100% naturels !
Merci aux 12 participants
Texte : Françoise SERIN
Photos : Françoise SERIN, Jean Pierre SAUSSAC


Ajouté le 14/08/2025 par Françoise SERIN - 0 réaction


