À l'espace naturel des Plantiers au Barroux

Samedi 24 mai , nous nous sommes retrouvés ( 18 participants) au Barroux, derrière le Tennis Club, pour visiter le jardin aux Papillons. Il s'agit d'une initiative du foyer rural du Barroux, structure qui existe depuis 1980, en vue de partager et de maintenir la culture et le patrimoine local y compris naturel.
Jean Marc FOURNIER, Martine GRILLET, Gilles GRILLET et Élie DUNAND nous accueillent et nous expliquent la genèse de ce projet de jardin centré autour de l'abeille noire et la connaissance des papillons locaux.

Le "jardin" est un espace regroupant des espèces végétales typiques de notre région et nourricières pour les papillons. C'est un jardin sec, sans apport d'eau une fois les plantations faites, ouvert à tous. Les papillons se nourrissent principalement du nectar des fleurs, du jus des fruits murs qui leur apportent les sucres et de crottes d'animaux qui leur apportent les sels minéraux comme l'eau et la boue. Les papillons sont souvent associés à une ou plusieurs "plantes hôte" qui va nourrir la larve. Si la plante disparait, le papillon associé disparait aussi. La larve va ensuite se transformer en chenille dont il existe autant de tailles, de formes et de couleurs que d'espèces de papillons. Après 4 mues ,la chenille atteint le stade de la chrysalide, enfermée dans sa carapace ou son cocon, posée sur une pierre, un mur ... Tous ses organes sont prêts et attendent le bon moment, quitte à passer l'hiver, pour s'extirper et laisser place au papillon volant ( ou imago).

Les papillons ont de nombreux prédateurs: la thomise, la mante religieuse sur les fleurs, les grenouilles, les crapauds dans les étangs, les oiseaux, les lézards, les tarentes. Leurs couleurs leur permettent de se camoufler, en adoptant celles de la végétation, des feuilles et des branches, mais aussi en arborant des couleurs chatoyantes destinées à impressionner ou repousser leurs prédateurs. Le Machaon , lui, se défend avec les petites "queues" au bout de ailes qu'il peut abandonner aux oiseaux qui l'ont attrapé, sans abimer ses organes vitaux.

Les papillons sont en danger , comme presque tous les insectes dont la population aurait diminué de 70 à 80 % dans les paysages européens mixtes agro-industriels, et probablement de 50% pour les insectes de prairies. Les causes principales sont connues, à commencer par l'emploi massif des pesticides depuis plus de 80 ans et la disparition des habitats (artificialisation, imperméabilisation,..). Il y a aussi la fragmentation des habitats des insectes qui ne peuvent plus circuler et assurer par là même un brassage génétique des espèces. C'est pourquoi, à travers les haies, les zones protégées, les zones humides etc., il est important de reconstituer un maillage d'habitats d'insectes.
Après la présentation des papillons et du jardin, nous abordons le sujet des abeilles à travers les nichoirs à insectes conçus par Elie DUNAND et le travail de protection de l'abeille noire de Provence, une espèce menacée d'abeille de notre région et dont un rucher est présent au jardin du Barroux. Elie nous montre le nichoir à insectes, boite ouverte d'un coté et contenant des tubes de différents diamètres pour permettre aux abeilles sauvages de pondre et se reproduire. Les abeilles sauvages représentent l'immense majorité des espèces d'abeilles. Elles sont solitaires et 20% d'entre elles sont maçonnes, habitant dans les trous des maisons, des arbres morts. Pour se reproduire, l'abeille prend le nectar et le pollen dans les fleurs, va dans le tube adapté à sa taille, vibre pour faire tomber le pollen de ses poils, pond, recule, va chercher de la boue pour faire une cloison puis recommence quelques minutes plus tard. Elle peut ainsi pondre 30 à 50 œufs. Une fois son travail accompli, l'abeille meurt, les œufs vont éclore et les larves se nourrir dans leur alvéole jusqu'au printemps suivant. Les nichoirs à abeilles permettent d'examiner les œufs et de déterminer en particulier le nombre d'espèces d'abeille sauvage présentes sur un territoire donné. C'est une donnée importante pour ces espèces assez mal connues et étudiées.

Quand à l'abeille noire de Provence, il s'agit d'un écotype, c'est à dire d'une espèce particulièrement adaptée à son environnement climatique. L'abeille noire démarre son cycle tôt dans l'année et travaille peu en été quand il fait trop chaud. Il s'agit d'une abeille mellifère assez simple génétiquement, sans croisement, plus solide que les reines "produites" par les entreprises spécialisées qui cherchent surtout à obtenir des reines très productives, mais qui doivent être renouvelées plus souvent dans les ruches.
Gilles GRILLET qui a créé ce rucher d'abeille noire de Provence nous indique qu'une de ses ruches peut produire entre10 et 15 kg de miel par an. Si la reine est jeune et la ruche dans un milieu très fleuri comme les lavandes, elle peut produire jusqu'à 20 kg de miel en une semaine; Une ruche en bonne forme contient environ 60000 abeilles qui vivent entre 15 et 21 jours. Elles passent par les 5 "métiers" de nourrice, ventileuse, nettoyeuse, gardienne, puis butineuse les 5-6 derniers jours de leur vie. Les éclaireuses évoluent dans un rayon d'environ 5 km pour chercher la miellée, reviennent à la ruche et présentent leurs trouvailles aux autres. S'en suit une discussion sur la distance, la direction, le potentiel de pollinisation puis un choix concerté semble s'effectuer!

Les hausses des ruches ( la partie récoltable, le grenier à réserves des abeilles) sont toutes faites de la même façon avec des caractéristiques très précises pour permettre le stockage du miel. Par exemple, les cloisons des alvéoles font exactement 0.067 mm. Pour les matheux, nous vous conseillons de lire l'article Wikipédia sur les alvéoles d'abeille, incroyable!!

Notre visite se termine par les fléaux que sont le varroa et le frelon asiatique, tous deux importés par la mondialisation des échanges; le frelon asiatique n'est pour l'instant pas encore arrivé au delà de 900m d'altitude et la transhumance de ruches l'été permet donc d'y échapper.
Pour ceux qui n'ont pu se joindre à la visite et pour ceux qui souhaitent y retourner, nous ne pouvons que vous inviter à venir voir ce jardin protégé emblématique de notre environnement naturel local. Merci encore à toute l'équipe du foyer rural du Barroux pour cette visite si instructive!
Mardi 1er juillet 2025, pour célébrer la journée mondiale du papillon, le Foyer rural du Barroux organisera des visites guidées . Si des personnes sont intéressées elles seront les bienvenues. Les visites débuteront à 10h le matin et à 16h30 l'après-midi.
Texte : Françoise SERIN
Photos : Philippe CROAYNE, Catherine DAILLANT, Jean Pierre SAUSSAC





