Une matinée de découverte botanique
autour de la ripisylve des basses gorges de la Nesque à Venasque

Chêne pubescent tricentenaire de la Roberte
Contre toute attente, le soleil était au rendez-vous Samedi 12 Avril pour le plus grand bonheur des 15 participants. Rendez-vous a été pris à lieu-dit La Roberte au pied du chêne, sachant que l’itinéraire est en grande partie sur la propriété de Monsieur Christian Cartoux.
Le chêne de la Roberte est remarquable, il est au moins tricentenaire et a failli disparaître au courant de l’Eté 1944 lorsqu’un obus de la batterie allemande du Pied marin est venu exploser à moins de 10 m de son tronc. Il a survécu à l’explosion, puis au fil de longues années il a fini par « avaler » tous les éclats d’obus, aujourd’hui il se porte comme un charme !
Le groupe s’est ensuite engouffré dans la végétation luxuriante du lit majeur de la Nesque où le chêne pubescent, l’orme champêtre, l’érable champêtre et l’érable de Montpellier prospèrent avec à ses pieds le troène commun, le fusain d’Europe, le cornouiller sanguin, l’aubépine à un style, le chèvre feuille d’Etrurie et le lierre.
Encore plus bas, nous avons découvert l’étonnant fragon faux-houx avec ses rameaux en forme de feuilles, ses fleurs très particulières et ses fruits écarlates. Près du sentier, une colonie d’aristoloche à feuilles rondes a suscité l’intérêt du groupe. En effet, cette plante est la seule espèce en capacité d’abriter les chenilles de la Diane, un magnifique papillon qui bénéficie d’un statut de protection sur tout le territoire national.

Jeune fruit de Fragon faux-houe
Un peu plus loin, en remontant sur la rive gauche de la Nesque, en lisière de ripisylve côté garrigue, le groupe a pu se faire une idée de l’étonnante biodiversité végétale avec près de cent espèces référencées dont la rubéole des champs, le salsifis à feuilles de poireau, la gesse pois chiche, l’érodium bec de grue, la Dame de onze heures, l’ophrys de la passion, la sauge fausse verveine, la potentille printanière, l’ophrys brun et la petite crépide de Nîmes…
Soudain, nous observons des crachats ici et là sur les sauges fausse verveine ! En fait, en cherchant bien, on trouve une larve de cicadelle. Une ruse très efficace pour se protéger des prédateurs ! Un arbuste a attiré l’attention des participants : le nerprun alaterne anciennement nommé prunier noir. Son identification est facile, un liseré translucide entoure la périphérie de ces feuilles, c’est du plus bel effet à contre-jour ! Il abrite aussi la chenille d’un papillon que nous avons croisé à proximité, le Citron de Provence.

Dame de onze heures
Nous avons eu la chance de pouvoir distinguer côte à côte deux églantiers (le Rosa tomentella du Rosa agrestis), le muscari à toupet du muscari à grappes, le genévrier cade du genévrier commun, la clématite des haies de la clématite flamette, la coronille arbrisseau de la coronille glauque.
De même, quatre espèces d’euphorbes (euphorbe réveil matin, euphorbe petit cyprès, euphorbe à feuilles dentées et euphorbe des garrigues) ont été observées avec intérêt. Plus loin, une autre espèce d’aristoloche a été trouvée, l’aristoloche pistoloche qui abrite les chenilles d’un autre papillon : la Proserpine, lui aussi protégé sur tout le territoire français.
En redescendant dans la ripisylve, les chênes pubescents sont clairsemés autorisant une plus grande diversité végétale. Ainsi, le frêne à feuilles étroites, l’érable champêtre, le tilleul à larges feuilles, l’orme champêtre, l’arbre à perruques, la filaire à large feuilles, le troène commun, le viorne lantane et le fragon faux-houx ont colonisé le lit majeur de la Nesque.
En se rapprochant des falaises de la Peregrine, dans une ambiance fraîche et humide se sont développées des fougères telles que le polipode austral et la doradille fausse capillaire. Le groupe a pu aussi apercevoir accrochées à flanc de rocher la campanule à feuilles rondes et l’euphorbe des garrigues.

A cet endroit, la Nesque coule 10 mètres en dessous de son lit de galets et chaque participant(e) s’est exercé(e) à la détection de la nappe d’eau souterraine à l’aide de baguettes de sourcier. Ce fut un moment magique où l’on s’est aperçu que selon la personne, le flux d’énergie va entrer ou pas en vibration avec celle de l’eau souterraine.
Au retour, le groupe a bifurqué par un sentier en découvrant une jolie prairie bocagère sur la rive droite de la Nesque. A cet endroit, un églantier sarmenteux, le rosier toujours vert (Rosa sempervirens), considéré comme une espèce rare en Vaucluse, se développe vigoureusement dans les haies et même sur les ronces !
Quelques insectes ont été surpris en train de butiner comme cette éristale, un genre de syrphe sur une fleur d’euphorbe à feuilles dentées et cette magnifique punaise à pattes rousses sur des fleurs de thym commun.
Bien d’autres espèces ont égayé la fin de la randonnée, au total plus de 120 plantes ont été répertoriées, un itinéraire très riche en découvertes botaniques, à retenir pour de prochaines visites !
Texte : Elie DUNAND
Photos : Philippe CROAYNE
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